Le 3 novembre 2025, le sénateur du Gers Franck Montaugé a ouvert, aux côtés de sa collègue vice-présidente du sénat Sylvie Robert, le colloque « L’aménagement : un acte culturel dans des territoires en transition », qu’ils ont organisé avec l’appui du – Pôle des arts urbains (POLAU).
Issu des travaux du Cycle des Hautes Études de la Culture (CHEC) 2023-2024 sur le thème « Espace public et culture », ce colloque a réuni des acteurs culturels, urbanistes, élus et chercheurs autour d’une même ambition : donner à la fabrique de l’espace public une dimension culturelle, à l’ère des transitions écologiques et sociétales.

Dans son discours d’ouverture, le sénateur Montaugé a rappelé que « la question politique est aussi une question esthétique », insistant sur la nécessité de « mettre du beau, du lien et du sens dans l’espace public ».
Ce colloque s’inscrit dans la continuité de la proposition de loi « Fait culturel et aménagement des espaces publics », déposée par le sénateur F. Montaugé et la sénatrice S. Robert le 11 juillet 2024. Ce texte vise à mieux intégrer la dimension artistique et culturelle dans les projets d’aménagement : renforcement du rôle des conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE), accompagnement par l’agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), association des acteurs culturels aux concertations et création d’une “clause culturelle” dans les marchés publics.
Le sénateur Montaugé a également réaffirmé son soutien aux CAUE, acteurs essentiels de l’ingénierie territoriale et du conseil aux communes rurales, dont il a récemment alerté le Gouvernement sur les difficultés financières.
Ce temps de travail a permis de croiser les regards et de faire émerger des pistes concrètes pour favoriser une approche culturelle de l’aménagement du territoire. Les actes du colloque seront prochainement publiés et rendus accessibles depuis ce site.
La proposition de loi présentée, à l’origine de ce colloque, va maintenant être engagée dans le processus législatif. Le groupe socialiste, écologiste et républicain choisira prochainement de l’inscrire à l’ordre du jour d’une de ses niches parlementaires, première étape avant son examen en première lecture en séance au Sénat.
Texte du discours du sénateur Montaugé :
« Mesdames et Messieurs,
Je salue Sylvie Robert et mes collègues présents,
Maud Le Floch directrice du POLAU et maître d’œuvre de ce
colloque, son équipe et nos collaborateurs parlementaires très sollicités pour
cette séquence,
Merci à chacune et chacun d’entre vous d'avoir répondu
favorablement à notre invitation à partager un temps d'échange, de réflexion et
de propositions sur le thème de « l'aménagement
des espaces publics considérés comme un acte culturel dans les territoires en
transition ».
Je me dois tout d'abord de vous dire quelques mots sur la
genèse de l'événement qui nous réunit aujourd'hui.
À l'occasion de la session 2023 – 2024 du cycle
des hautes études de la culture (CHEC), j'ai eu le privilège et le plaisir
de travailler sur le thème « Espace public et Culture ».
Je salue et je remercie Manuel Bamberger et Cécile Portier
– responsables du « cycle des hautes études de la Culture » – pour
leur présence parmi nous aujourd'hui et leur engagement remarquable dans la conception,
la conduite et l'animation du CHEC.
Avec 8 camarades auditeurs du CHEC que je tiens à
remercier pour leur travail, Barnabé LOUCHE (AP-HP), Clémence CAREL (Sciences
Po Paris), Mahmoud ISMAIL (DRAC Île-de-France), Sandra BECHICHE (groupe Art
Price) ainsi que présents parmi nous, Elefterios KECHAGIOGLOU (« Plus
petit cirque du monde »), Marialya BESTOUGEFF (Centquatre - Paris) , Christelle
GLAZAI (Parc et Grande halle de la Villette) et Fred SANCERE (« Derrière
le hublot ») qui témoignera dans quelques instants par vidéo interposée,
nous avons travaillé et rendu un rapport, accessible à tous, sur le sujet
suivant : «
Comment nos espaces publics peuvent-ils refléter et traduire la culture
contemporaine, à l'heure des transformations sociétales et
environnementales ? ».
Sept autres « variations » sur le thème central
« Espace public et culture » ont été proposées à l'occasion de cette 5ème
session et je vous invite à prendre connaissance des rapports.
Nous pourrons peut-être les mettre en lien à l'occasion
des actes du colloque d'aujourd'hui.
Pour ce qui est du groupe dans lequel j'ai travaillé,
nous nous sommes très vite fixé l’objectif de faire progresser, concrètement,
la prise en compte de la culture et de l'expression artistique dans la
conception, la réalisation et la vie fonctionnelle des espaces publics.
Mais avant de vous présenter la proposition de loi que
nous allons discuter ensemble, je voudrais rappeler quelques fondamentaux
auxquels je crois.
Des fondamentaux qui permettent de poser la problématique
de la culture en général et de l'aménagement des espaces publics en particulier
du point de vue Politique.
Pour cela je vais faire référence à la pensée du
philosophe Bernard Stiegler.
Bernard Stiegler – que j’ai eu le privilège d’auditionner
au Sénat il y a quelques années pour d’autres travaux personnels – écrit :
« la question politique est une
question esthétique, et réciproquement la question esthétique est une
question politique ».
Il emploie ici le terme esthétique dans son sens le plus
vaste. Initialement, aisthésis signifie sensation, et la question
esthétique est celle du sentir et de la sensibilité en général.
Bernard Stiegler soutient qu'il faut poser la question
esthétique à nouveau frais et dans sa relation à la question politique, pour
inviter le monde artistique et je
rajoute personnellement « le monde politique » à reprendre une
compréhension « politique justement » de leurs rôles…
Plus loin dans ce texte éclairant, il nous dit que
« le travail artistique est originairement engagé dans la question de la
sensibilité de l'autre ».
Et il rajoute, je le cite, que « la question politique
est essentiellement la question de la relation à l'autre dans un sentir ensemble,
en ce sens une sympathie. Le problème du politique, c'est de savoir comment
être ensemble, vivre ensemble, se supporter comme ensemble à travers et depuis
nos singularités, bien plus profondément encore que nos différences » et
il ajoute « par-delà nos conflits d'intérêts ».
Vision utopique ? Idéaliste ? Déconnectée de la
réalité ? Je ne le crois pas… d’« anthropologie politique » plutôt,
pour moi en tout cas !
D’autant plus qu’il précise son propos en disant que :
« La politique est l'art de garantir une unité de la
cité dans son désir d'avenir commun… Or un tel désir suppose un fonds
esthétique commun. L'être-ensemble est celui d'un ensemble sensible. Une
communauté politique est donc la communauté d'un sentir… Tel est le sens de la philia
chez Aristote. Et s'aimer, c’est aimer ensemble des choses autres que
soi. »
Et je termine par cet extrait qui fait écho à notre temps
présent :
« En questionnant les replis identitaires des votes
protestataires extrémistes ou des postures religieuses communautaristes, il
m'est apparu dans une effrayante clarté, que ce sont des personnes avec
lesquelles je ne sens pas, comme si nous ne partagions aucune expérience
esthétique commune. Il m'est apparu que ces hommes, ces femmes, ces jeunes gens
ne sentent pas ce qui se passe et en cela ne se sentent plus appartenir à la
société. Ils sont enfermés dans une zone – commerciale, industrielle,
d'aménagement divers, voire rurale etc – qui n'est plus un monde, parce qu'elle
a décroché esthétiquement. »
À partir de là, de quoi s’agit-il fondamentalement et
quelles conséquences doit-on en tirer pour notre sujet d’aujourd’hui ?
L’intention politique, l’ambition qui est la nôtre, c’est
de contribuer à produire du symbole, ce symbole en quoi chacun se reconnait, lui-même…
et comme partie solidaire d’un tout, celui de la société dans sa diversité…
pour vivre, mieux vivre ensemble !
Plus simplement, mettre du beau, du lien et du sens dans
l’espace public par des actes artistiques et culturels partagés ou/et
participatifs… dans un contexte général de transitions écologiques et
sociétales, tel est le sens de notre proposition.
Et si je devais résumer l’intention en une phrase, je
dirais : « Par une contribution du citoyen à la fabrication des lieux
publics, mieux les comprendre, se les approprier… pour ceux qui les vivent et
les utilisent, de toutes générations. »
En pratique, l’idée de cette proposition de
loi, c’est
de permettre l’accompagnement de tous les maîtres d’ouvrages qui le souhaitent
dans la prise en compte de la dimension artistique et culturelle du projet
d’espace public qu’ils engagent... pour mieux faire société… avec tous les
acteurs-citoyens intéressés… mais je devrais peut-être dire
« concernés ».
Pour cela, nous proposons à l’article 1 de créer une
mission de conseil pour les CAUE, en complément des missions initiales prévues
dans la loi de 1977 qui les a créés.
J'ouvre une parenthèse - qui n'est pas légère - à propos
des CAUE dont vous savez j'en suis sûr que leur actualité est très préoccupante
quant à leur devenir. Le
groupe sénatorial qui est le nôtre avec Sylvie Robert a interpellé le
Gouvernement en séance le 22 octobre dernier à propos des difficultés
de financement de très nombreux CAUE. La ministre du Budget s'est engagée à
répondre concrètement à notre interpellation… à suivre !
Je reviens sur la proposition de loi.
Dans le même esprit que celui de l'article 1, l’article 2
propose d’ajouter aux prérogatives de l’ANCT une possibilité de conseil aux
collectivités pour la valorisation culturelle et artistique de l’espace public.
L’article 3 associe formellement les acteurs culturels et
artistiques aux processus de concertation et de planification des projets
d’aménagement.
L’article 4 institue une « clause culturelle »
dans les marchés publics. J’insiste sur le fait qu’il n’y a pas d’obligation
pour les maîtres d’ouvrage.
Je pense en
effet que si nous voulons que cette proposition de loi prospère, qu’elle ait
quelque chance de prendre au terme de son parcours législatif force de loi, il
faut convaincre toutes les parties prenantes et en premier lieu les maîtres
d'ouvrage… plutôt que les contraindre… a fortiori dans le contexte budgétaire
national et local actuel !
Voilà la
problématique et les enjeux de ce colloque posés, en tout cas je l'espère et bien
entendu vous pourrez y revenir dessus si vous le souhaitez.
Les tables
rondes nous permettrons d'approfondir le sujet. Nous sommes bien entendu ouverts
à des propositions d'amélioration du texte de base de la proposition de loi.
D'avance je
vous remercie pour vos contributions et je donne avec plaisir la parole à ma
collègue Sylvie Robert que je tiens à remercier pour son engagement sur le
sujet qui nous réunit aujourd’hui et pour la Culture en général.
Merci à tous
les organisateurs dont nos collaborateurs parlementaires et bon colloque à
toutes et tous ! »
Commentaires
Enregistrer un commentaire