Projet de loi de finances 2025 : Franck Montaugé dénonce une baisse démesurée du budget consacré à l’agriculture
Ce vendredi 17 janvier 2025, le sénateur Montaugé est intervenu en tribune lors de la discussion des crédits de la mission « Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales » (AAFAR) du projet de loi de finances pour 2025.
Il a déploré une diminution drastique de la part du budget de l’Etat consacrée au monde agricole alors que celui-ci doit, dans le même temps, répondre à des enjeux d’ordre économique, social et environnemental essentiels.
En ouverture de débat, le Gouvernement a présenté un amendement diminuant de 285 millions d’euros le budget agricole 2025. Le scrutin public demandé par le groupe socialiste a permis de le rejeter.

Les amendements suivants, défendus par Franck Montaugé, pour soutenir les filières avicoles, bovines et viticole (vin et Armagnac) ont tous été rejetés par la ministre.
- II-1518 fond de soutien à la filière Armagnac pour les exportations Chine et USA,
- II-1512 aide à la restructuration des caves coopératives viticoles,
- II-1508 seuils aides vaccination palmipèdes à 85% et II-1519 repli à 70%
- II-800 aide au conseil stratégique « planification écologique transition » de 3300 exploitations en 2025
Au final les crédits agriculture ont été adoptés. En cohérence avec son propos de discussion générale et les rejets des amendements que son groupe a présentés, Franck Montaugé a voté CONTRE ces crédits notoirement insuffisants pour soutenir les exploitations agricoles en difficultés et/ou en transition.
"Monsieur le Président, Madame la Ministre, Chers collègues,
Il y a dix ans, le législateur français engageait
l'agriculture française dans le sens de l'agroécologie.
De loi de finances en loi de finances, les moyens
financiers attribués à la mission « Agriculture, alimentation, forêt et
affaires rurales » (AAFAR) du budget de l'État se sont développés dans le sens
d'un confortement de cette orientation. Une orientation vers l’agroécologie
aussi nécessaire que majeure pour la performance de notre agriculture, à l'ère
des grandes transitions qui constituent désormais le cadre ou l'horizon de
toutes nos politiques publiques.
Aujourd'hui, la proposition de crédits pour l'agriculture
présentée par le Gouvernement de Michel Barnier, reprise in extenso – mais pas
tout à fait – par celui de François Bayrou, marque plus qu'une inflexion
conjoncturelle.
Les diminutions de la mission AAFAR de près de 13,5 % en
autorisations d’engagement et de plus de 6,5 % en crédits de paiement en
attestent. S’y ajoutent ou s’y ajouteront dans quelques minutes près de 300 millions
de diminution supplémentaire. Le budget AAFAR que vous proposez pour 2025 est
en rupture avec les budgets précédents.
600 millions d’euros ! C’est une gifle à l’ensemble
du monde paysan !
À contrario de votre politique, nous considérons en
premier lieu que la contribution budgétaire du ministère de l’agriculture aux
économies budgétaires de l’État dans son ensemble est absolument disproportionnée.
Et en second lieu qu’elle procède d’une volonté politique qui va à contre-sens
des intérêts mêmes de l’agriculture française et de notre société dans son
ensemble.
C’est très exactement ce que traduit la baisse de 700 millions
d’euros, soit -70% – excusez du peu – des crédits consacrés
à la planification écologique. En incluant les 300 millions d’euros supprimés
aujourd’hui c’est l’équivalent de l’ensemble des moyens de la planification
écologique qui aura disparu.
Le Plan « haies » se voit raboter de 80 millions d’euros
et le fonds en faveur de la souveraineté alimentaire et des transitions
enregistre une baisse de 85 millions d’euros.
Des lignes budgétaires entières ne sont plus du tout
dotées comme le Plan protéines,
le Diagnostic carbone, les
mesures en faveur de la « Dynamique de
l’aval filière bois-matériaux » ou encore la ligne « Défense des forêts contre les incendies
».
Par ailleurs, je regrette dans le contexte épizootique
actuel (MHE/FCO/Grippe aviaire) – le
Gers est tout particulièrement concerné – la diminution des crédits
alloués au programme 206 « Sécurité
sanitaire ».
La conséquence
sociale directe de ces coupes claires, ce sera la suppression de plus de
150 équivalent temps-plein (ETP) dans les opérateurs du Ministère, dont 95 ETP
pour le seul Office national des forêts (ONF) qui n’en avait pas besoin.
Ni la loi d'orientation agricole que vous allez mettre au
débat, ni la proposition de loi relative à l'exercice du métier d'agriculteur
ne sont à la hauteur des enjeux du moment.
Les enjeux, quels sont-ils ? Ils sont d'ordre économique,
social et environnemental.
La performance économique
d'abord ! Par
rapport aux prix et aux coûts de production. En prenant acte de la nécessité de
soutenir les filières et les producteurs en difficulté. C’est mal parti !
La considération sociale
ensuite ! Par
rapport aux revenus et aux conditions de vie des agriculteurs dans leur
diversité de condition personnelle. À cet égard la série en cours des lois
Egalim vient hélas confirmer ce que nous vous disons depuis des années :
sans régulation des prix de production et sans s'affranchir de certaines règles
de l'OMC – je pense à la moyenne olympique – des pans entiers de filières et
leurs territoires continueront à se paupériser ! Et la rente énergétique –
c’est cela qui se profile dans bien des endroits de France – ne règlera rien
sur le plan alimentaire !
Et enfin la prise en compte de la question environnementale et climatique ! Le sens de
l'histoire et la responsabilité de notre humanité contemporaine, ce n'est pas
de déconstruire méthodiquement, d'exercice en exercice, les fondements et les
acquis précieux, partiels et fragiles aussi, de l'agroécologie développée
depuis dix ans, parfois dans la difficulté.
Notre responsabilité politique, devant les Français et
pour les générations futures, dans un cadre européen qui demeure incertain,
c'est de conforter, d'approfondir ce qui a été lancé sur la base de cet
objectif de triple performance : économique, sociale et environnementale.
Ces trois aspects qui sont autant d'enjeux doivent être
conjugués, composés de manière équilibrée pour développer l'agriculture
française dans le sens de l'intérêt général ! La performance économique,
nécessaire, ne peut être traitée indépendamment de la question sociale ou
environnementale. Et bien entendu territoriale !
C'est un choix de modèle, j'en conviens et c'est donc une
question on le sait tous éminemment politique.
Madame la Ministre,
Le budget 2025 dont nous allons débattre ce soir y
contribue-t-il ? Non à ce stade et moins encore ce soir qu’hier avec ce
coût de rabot supplémentaire de 300 millions d’euros.
Je souhaite malgré tout que les amendements proposés par
notre groupe soient repris par notre assemblée pour les filières avicoles, bovines, et viticoles
en particulier que ni l'assurance, ni les réalités et les risques des marchés
ne permettront de soutenir à la hauteur de l'investissement et du travail des
agriculteurs concernés.
Mais en tout état de cause, la diminution faramineuse de ce budget ne pourra recueillir un avis
favorable de notre groupe. Je vous remercie."
Revoir ici la vidéo de l'intervention du sénateur Montaugé.
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