Le Sénat adopte la proposition de loi visant à empêcher le démembrement d’EDF
Le Sénat a adopté en troisième lecture, la proposition de loi visant à « protéger le groupe EDF d’un démembrement », co-rapportée par les députés Philippe Brun et Sébastien Jumel. Le texte – remanié après un accord avec le gouvernement et adopté en troisième lecture à l’Assemblée nationale le 29 février 2024 – est désormais définitivement adopté.
Le texte final est le fruit d’un « équilibre » trouvé entre le gouvernement et le Parlement. Il avait pour ambition initiale de nationaliser le groupe EDF pour contrer une éventuelle relance du projet de réorganisation de l’entreprise (le « projet Hercule »). La version finale adoptée ne le permettra hélas pas !
Cependant et afin de faciliter son adoption, la proposition de loi (PPL) a évolué au fil des navettes parlementaires sur deux aspects :
- les dispositions relatives à l’actionnariat salarié dans le capital d’EDF – auxquelles le gouvernement était hostile – qui sont devenues optionnelles.
- les dispositions relatives au capital d’Enedis, que le texte souhaitait sanctuariser au sein du groupe EDF pour éviter sa privatisation, ont été retirées.
Reste et ce n’est pas rien, l’accès aux tarifs régulés des contrats inférieurs à 36 Kva des artisans, TPE et PME de moins de 10 salariés et 2 millions de chiffre d’affaires.
Le sénateur Montaugé a profité de son intervention en discussion générale pour interpeller Roland Lescure, Ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Énergie, sur les intentions du gouvernement en matière de financement des investissements d’EDF (prolongation de la durée de vie des réacteurs en service, mise en œuvre du programme de 14 EPR2, investissement dans l’hydraulique, adaptation du cycle du combustible, financement de l’adaptation des réseaux de transport et de distribution, des solutions de flexibilité etc.) par l’Etat, désormais actionnaire unique.
"Monsieur
le Président, Chers collègues, Monsieur le Ministre,
Tout en remerciant
nos collègues de l’Assemblée nationale et
tout particulièrement Philippe BRUN, je veux aborder ici la question de la responsabilité
de l’Etat désormais détenteur de
l’intégralité du capital d’EDF.
L’article 2 de la proposition
de loi (PPL) prévoit que dans le cadre
d’un contrat décennal soient fixés des objectifs relatifs, entre autres sujets, à la trajectoire financière d’EDF et à la maîtrise des prix pour les ménages et
les entreprises.
EDF on le sait doit faire face à un mur
d’investissements pour prolonger
la durée de vie de ses réacteurs en service, pour mettre en œuvre le programme de 14 EPR2, pour investir dans l’hydraulique, pour adapter le cycle du combustible, pour financer l’adaptation des réseaux
de transport et de distribution, les solutions de flexibilité etc.
Monsieur le Ministre,
les coûts d’emprunt des sommes
nécessaires, même étalées dans le temps,
auront un impact très fort, dans la
durée, sur les coûts de production et donc sur les prix de l’électricité payés par l’ensemble des
consommateurs, des ménages aux grosses entreprises en passant par les collectivités
locales, les artisans, les petites et moyennes entreprises (PME) et autres
entreprises de taille intermédiaire (ETI).
Monsieur le Ministre,
comment l’Etat va-t-il
s’impliquer concrètement dans la question
du financement des investissements nécessaires ? Plus précisément, comment
l’État entend-il se mobiliser pour
que dans l’intérêt national le
coût financier des emprunts contractés
par EDF, le coût moyen pondéré
du capital, soit le plus faible
possible ?
Pour notre part, nous
considérons que sans implication
forte de l’Etat sur ce poste de coût,
le prix à payer sera très lourd pour
les Français. De surcroit, la réforme annoncée
de la structure du marché européen – peu claire à ce stade – ne sera d’aucun secours sur ce point.
La question est donc financière
et exclusivement financière. Elle
conditionne pour une part importante
la compétitivité du parc de production national. Une implication sans faille de l’État est
indispensable, sous forme de
garantie au besoin.
Enfin, qu’en est-il
dans les discussions actuelles avec EDF du souhait de votre Gouvernement,
Monsieur le Ministre, de prélever des
dividendes pour contribuer au redressement des comptes publics ? Croyez-vous
que ce soit le moment de taxer ces
ressources en capital alors qu’il
faudrait plutôt que l’Etat se
garantisse de leur emploi dans
le financement des lourds programmes
d’investissements à venir. Quelle
est votre position ?
Nous voterons la proposition
de loi de Philippe BRUN mais il revient maintenant au Gouvernement d’en tirer les conséquences en jouant le rôle qui doit être
désormais le sien en tant qu’actionnaire
unique et garant de l’intérêt
général.
Nous saluons l’action des syndicats auprès
de Bercy pour la juste reconnaissance
de ce qui était la participation des
salariés au développement d’EDF. Je vous remercie."
Revoir ici la vidéo de l'intervention du sénateur Montaugé.
Dans le cadre de la discussion de l’article 2 de la PPL et de l’amendement présenté par le groupe CRCE-K (communiste, républicain, citoyen et écologiste – Kanaky), Franck Montaugé a rappelé l’enjeu que constitue la préservation d’EDF et des entités qui la composent au titre de l’intérêt général national et pour une pleine souveraineté énergétique de la France.
Revoir ici la vidéo de l'intervention du sénateur Montaugé.
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